L'origine du Murlan
La plupart des jeux de cartes arrivent avec une histoire bien nette : une date, un lieu, un nom. Le Murlan, non, et cela fait partie de son charme. Il n'a jamais vraiment été écrit, il s'est transmis, d'un joueur au suivant. Voici d'où il vient et ce qui le rend nôtre.
On l'apprend en jouant
Demandez à n'importe qui en Albanie où il a appris le Murlan et vous n'entendrez parler ni d'un livre ni d'une application. Vous entendrez parler d'une cuisine, d'un oncle, d'une longue soirée d'hiver. Quelqu'un de plus âgé battait les cartes, vous vous asseyiez pour regarder, vous perdiez quelques mains, et à un moment les règles cessaient d'être des règles pour devenir de l'instinct. C'est ainsi que le jeu circule, d'une paire de mains à la suivante, dans toute l'Albanie et le Kosovo et partout où les Albanais ont emporté un jeu de cartes. Aucune table n'y joue tout à fait pareil, et chacune jure que sa version est la bonne.
Une partie d'une grande famille
Le Murlan n'est pas sorti de nulle part. Il appartient à une vaste famille que les joueurs appellent jeux de défausse, et l'idée derrière tous est la même. On joue chacun son tour, chaque coup doit battre le précédent ou l'on passe, et le premier à vider sa main gagne. Les cousins sont éparpillés à travers le monde. La Chine a le Big Two et le plus ancien Zheng Shangyou, en général désigné comme le jeu dont toute la famille est issue. Le Vietnam a le Tiến Lên, si répandu qu'on le considère comme le jeu de cartes national. Le Japon a le Daihinmin, qu'une grande partie de l'Occident connaît sous le nom de President. Aucun n'a été copié sur un autre. Ils ont été portés à travers les frontières, modifiés par ceux qui les reprenaient et rebaptisés en chemin. Le Murlan est la branche albanaise du même arbre.
Ce qui distingue le Murlan
Si vous avez joué à l'un des cousins, les bases du Murlan vous sembleront familières, et ce qui est intéressant, c'est là où il rejoint les uns et s'écarte des autres. Le 2 fort est un trait de famille, car au Big Two, au Tiến Lên et au President le 2 compte aussi parmi les cartes les plus fortes, et le Murlan le place juste sous les jokers. C'est sur le jeu de cartes qu'il choisit son camp. Le Big Two et le Tiến Lên utilisent un simple paquet de 52 cartes sans jokers, tandis que le Daihinmin, la version japonaise du President, ajoute des jokers, et le Murlan fait de même en se servant des deux comme ses cartes les plus hautes. Le lien le plus fort est l'échange, où après chaque manche le perdant donne sa meilleure carte au gagnant et en reçoit une plus faible. Cet échange est le cœur du President et du Daihinmin, et le Big Two comme le Tiến Lên n'ont rien de tel. Les bombes sont plus proches du Tiến Lên, où le carré sert surtout à battre ces 2 puissants, et le Murlan confie aux bombes et aux suites d'une même couleur la même tâche, casser un coup ordinaire. Une habitude le distingue surtout du Big Two : le Murlan ne s'arrête jamais quand le premier joueur a fini, il continue jusqu'à ce que chaque main soit vide et compte selon qui est arrivé premier, deuxième et troisième, ce qui ressemble bien plus à la façon dont on joue au President.
Le Murlan aujourd'hui
Presque toute sa vie, le Murlan a vécu hors ligne, avec de vraies cartes, une vraie table et pas mal de disputes sur les règles maison à appliquer, et c'est encore la meilleure façon d'y jouer. Mais le jeu voyage aujourd'hui plus loin qu'il ne l'a jamais pu. Murlan Arena existe pour le garder en mouvement, pour que l'on apprenne les règles à son rythme, que l'on s'entraîne contre des adversaires que perdre ne dérange pas et que l'on trouve une partie qu'il y ait une table à proximité ou non. L'histoire continue de se transmettre. Ce sont seulement les mains qui ont un peu changé.
Pour aller plus loin
- Jeux de défausse, un tour de toute la famille (pagat.com)
- Big Two, le jeu chinois souvent désigné comme la racine de la famille (Wikipedia)
- Zheng Shangyou, un ancêtre chinois plus ancien du groupe (Wikipedia)
- Tiến Lên, le jeu de défausse national du Vietnam (pagat.com)
- Daihinmin, connu en Occident sous le nom de President, le cousin japonais (Wikipedia)